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130 Nat’Images Décryptage Patrick & Gabrielle Les collemboles globulaires Ou comment rester totalement méconnu alors qu’on ressemble à un mini-pachyderme repeint de couleurs psychédéliques, qu’on est monté sur ressort et qu’on joue un rôle important dans l’écologie des sols… Ces collemboles globulaires de l’ordre des Symphypleones (que l’on reconnaît à leurs antennes plus longues que la tête) sont des animaux méconnus, bien qu’ils soient courants dès qu’on se trouve dans un milieu où règne une humidité suffisante. Pourtant leur caractère débonnaire et leur carrosserie décorée comme un combi Volkswagen des années soixante-huit pourraient leur faire jouer les vedettes parmi les gentils monstres de “l’Ile aux enfants”, s’ils n’avaient le défaut de mesurer moins de 2 millimètres (et encore, pour les plus gros). Ce déficit de popularité est regrettable car l’animal s’avère particulièrement intéressant. D’abord pour le macrophotographe en mal d’insectes parce qu’on le trouve presque toute l’année, hormis les périodes de gel (mais on peut en découvrir sur la neige) ou de canicule. Ensuite parce qu’en cas de danger il a la faculté de s’auto-catapulter à une distance considérable par rapport à sa taille grâce à un appendice particulier, la furca, sorte de lame repliée sous son ventre et bloquée en tension. À la moindre alerte, la furca se libère et se détend comme un ressort pour catapulter le collembole hors de portée de son agresseur… et la photo est loupée. Mais ce n’est pas tout: il possède aussi un tube ventral dont la fonction n’est pas clairement définie mais qui semble lui permettre de boire, de filtrer et de récupérer son urine en cas de sécheresse, ce qui peut être vital quand on a une respiration tégumentaire. Il respire en effet par la cuticule qui constitue son enveloppe externe (un peu comme si nous, nous respirions par notre peau), le rendant ainsi très vulnérable au dessèchement. Longtemps regardé comme un insecte primitif, il n’est plus aujourd’hui considéré comme un insecte vrai, même s’il en partage certains caractères. Bien qu’ayant fait valoir qu’avec ses appendices segmentés et ses trois paires de pattes, il appartient comme eux à l’embranchement des arthropodes et au sous-embranchement des hexapodes, on ne lui a pas pardonné d’être aptère (dépourvu d’ailes) et amétabole (il ne connaît pas de phases larvaires mais passe directement de l’oeuf à la forme adulte). Il faut dire que le fait d’être déjà présent au Dévonien, il y a 400 millions d’années, soit bien avant les premiers insectes, ne plaidait guère en sa faveur. D’ailleurs, pour ne rien arranger, il se différencie aussi des insectes par ses pièces buccales cachées, ce qui le range parmi les entognathes. Il n’en est pas moins un redoutable brouteur de champignons microscopiques dont il permet à la fois la dissémination et la régulation, jouant un rôle essentiel dans l’équilibre de la microflore des sols. On peut même avancer que si notre pseudopachyderme  bigarré (et ses copains, bien sûr) venait à disparaître, du fait de la pollution des sols par exemple, la transformation de la matière organique aboutissant à la formation de l’humus serait gravement perturbée ainsi que le cycle des nutriments dans le sol. Bref, sans lui et toute la grande famille des saprophages qui se nourrissent de végétaux en décomposition, nous serions probablement ensevelis sous des masses de matériaux dont le recyclage ne serait plus assuré et peut-être même réduits à la famine sur des sols ne se régénérant plus. Ledoux Webographie • http://aramel.free.fr (Le monde des insectes) • www.futura-sciences.com


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